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L'Autre vue von Eekhoud, Georges (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 29.06.2015
  • Verlag: Booklassic
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L'Autre vue

Ce roman de la fascination pour les bas-fonds - la racaille, dirait-on aujourd'hui..., est la révolte d'un écrivain anticonformiste contre la bourgeoise société belge de la fin du XIXe siecle, qui lui préfere les voyous, les sous-prolétaires en haillons et toute la société d'en bas.
Laurent Paridael, jeune homme de bonne famille bourgeoise, est en rupture totale avec son milieu, et préfere fréquenter les voyous des quartiers populaires de Bruxelles avant d'en rencontrer d'autres, plus tard, en Flandre. Il est séduit par leur liberté, leur inculture. Mais aussi par le délié de leurs corps, leurs gestes naturellement gracieux, bref, un charme sauvage qui ne le laisse pas indifférent...
Le gout de Georges Eeckoud pour les déshérités et ses propres penchants homosexuels se marient ici dans un roman séverement commenté de l'intérieur par un proche du héros, qui ne comprend pas ses pulsions.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: none
    Seitenzahl: 82
    Erscheinungsdatum: 29.06.2015
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9789635255825
    Verlag: Booklassic
    Größe: 443kBytes
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L'Autre vue

Chapitre 1 L'HONORABLE DÉPUTÉ BERGMANS PRÉSENTE CE PAUVRE LAURENT PARIDAEL



Hast du die gute Gesellschaft gesehen ?

Gute Gesellschaft habe ich gesehen ; man nennt sie die gute Weil sie zum kleinsten Gedicht keine Gelegenheit gibt.

Goethe (Venetianische Epigramme)

Les papiers publics se sont beaucoup occupés d'une affaire mystérieuse : celle de ce jeune fossoyeur condamné à six mois de prison pour violation de sépulture et emporté depuis par une fièvre cérébrale. Ils ont mis en cause, son nom ayant été mêlé aux débats judiciaires, feu M. Laurent Paridael, cousin de Régina Dobouziez, ma femme, laquelle avait épousé en premières noces M. Freddy Béjard qui périt si misérablement avec la plupart de ses ouvriers dans l'explosion de sa cartoucherie [1] . Notre parent Laurent Paridael fut aussi relevé pour mort sur le terrain de la catastrophe. Plût à Dieu qu'il n'en eût pas réchappé. Il n'aurait plus traîné alors une vie déclassée, il se serait épargné de mourir plus piteusement encore par un suicide, après force excentricités. Son honorable famille n'eut point subi l'humiliation de voir son nom accolé à celui d'un malfaiteur et sa mémoire exposée aux commentaires d'une presse friande de scandales.

Sans doute, il me répugne de remuer ces souvenirs, mais il a circulé tant de racontars sur le caractère et la conduite de notre infortuné parent que j'ai jugé indispensable de rectifier les faits.

Ce fut un personnage déconcertant, qui porta un défi aux convenances, mais il s'était fait une idée spéciale de l'humanité et de la nature, et en tenant compte de cette vision particulière, on reconnaîtra qu'il apporta certaine logique dans ses écarts et qu'il concilia ceux-ci avec une générosité chevaleresque ressemblant à une manière d'apostolat.

Je l'ai intimement pratiqué, surtout avant mon mariage avec sa cousine Mme veuve Béjard. Nos bons rapports subsistèrent jusqu'à ce que ses anomalies fussent devenues si flagrantes que sans rompre avec lui, je me vis forcé, par égard pour mon rang et mes relations, de ne plus m'afficher en sa compagnie.

De son côté, il me conserva toujours une certaine estime. En mourant, il m'a confié le manuscrit de son journal, une sorte de confession par laquelle il désirait se justifier à mes yeux.

La lecture de ces cahiers, jointe à ce que je savais par expérience de la destinée du pauvre garçon, m'a laissé assez perplexe, partagé entre de la commisération et de la répugnance ; néanmoins, ces confidences, même les plus imprévues, me permettent de conclure à la loyauté et au caractère magnanime du défunt ; elles révèlent une rare intelligence, de brillantes quoique bizarres facultés, une sensibilité spéciale, de la perversion, mais non de la perversité. Après les avoir lues, tout lecteur de bonne foi partagera ma conviction que Paridael fut avant tout un malheureux, à la fois son propre bourreau et sa propre victime. Aussi est-ce pour l'édification des honnêtes gens que je me décide à publier ces feuillets. Ma première intention avait été de les brûler après en avoir pris connaissance, mais, en présence des calomnies dont la mémoire de Paridael fut accablée par les gazettes, je me crois un devoir de les produire au grand jour.

Je me suis simplement permis de compléter, par ma connaissance du personnage, ce qu'il aura révélé sur lui-même.

L'avouerai-je ? En recopiant ces pages, maintes fois troublé plus qu'il n'aurait convenu, j'éprouvais la sensation d'une force vive perdue pour la société et pour la patrie. Malgré leur ton crispé, ces épanchements dégagent un tel charme que, j'en arrivais à douter de mon bon sens. Est-ce lui ou moi qui vois mal ? me demandais-je, tant il règne de conviction dans ces accents, et tant le dévoyé s'interprète a

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