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Le Frere-de-la-Côte von Conrad, Joseph (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 07.07.2015
  • Verlag: Booklassic
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Le Frere-de-la-Côte

Le Frere-de-la-Côte was written in the year 1923 by Joseph Conrad. This book is one of the most popular novels of Joseph Conrad, and has been translated into several other languages around the world.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: none
    Seitenzahl: 196
    Erscheinungsdatum: 07.07.2015
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9789635254934
    Verlag: Booklassic
    Größe: 560 kBytes
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Le Frere-de-la-Côte

Chapitre 2


Le citoyen Peyrol demeura à l'entrée de la cour d'auberge jusqu'à ce que la nuit eût noyé le moindre détail de ce paysage sur lequel ses regards étaient restés fixés aussi longtemps que les dernières lueurs du jour. Et même après que les dernières lueurs se furent éteintes, il était encore demeuré là un moment à fouiller des yeux les ténèbres au milieu desquelles il ne pouvait discerner que la route blanche à ses pieds et le sombre sommet des pins à l'endroit où le chemin charretier dévalait vers la côte. Il ne rentra dans l'auberge qu'après le départ de voituriers qui étaient venus boire un coup et qui s'en allèrent dans la direction de Fréjus avec leurs grosses charrettes à deux roues chargées d'un empilement de tonneaux vides. Peyrol n'avait pas été fâché de voir qu'ils ne restaient pas pour la nuit. Il fit un rapide souper tout seul, en silence et avec une gravité qui intimida la vieille femme dont l'aspect lui avait rappelé sa mère. Après avoir fumé sa pipe et obtenu un bout de bougie dans un chandelier d'étain, le citoyen Peyrol monta pesamment au premier étage pour aller retrouver son bagage. L'escalier branlant tremblait et gémissait sous son pas comme si le voyageur eût porté un fardeau. La première chose qu'il fit fut de fermer les volets très soigneusement, comme s'il avait eu peur de laisser entrer un souffle d'air nocturne. Ensuite il tira le verrou de sa porte. Puis, s'étant assis sur le plancher et ayant posé le chandelier devant lui entre ses jambes très écartées, il commença à se dévêtir, rejeta sa veste et fit en hâte passer sa chemise par-dessus sa tête. La raison secrète de ses mouvements pesants se révéla alors dans le fait qu'il portait contre sa peau nue, tel un pieux pénitent sa chaire, une sorte de gilet fait de deux épaisseurs de vieille toile à voile, tout piqué, à la manière d'un couvre-pieds, avec du fil goudronné. Trois boutons de corne le fermaient par-devant. Il les défit, et après qu'il eut fait glisser les deux épaulettes qui empêchaient cet étrange vêtement de lui tomber sur les hanches, il se mit à le rouler. Malgré tout le soin qu'il y apporta, il se produisit pendant cette opération quelques tintements d'un métal qui ne pouvait pas être du plomb.

Le torse nu rejeté en arrière, arc-bouté sur deux gros bras rigides à la peau blanche abondamment tatouée au-dessus du coude, Peyrol aspira une longue goulée d'air dans sa large poitrine dont le centre était couvert d'une toison grisonnante. Non seulement la poitrine du citoyen Peyrol, libérée, retrouva toute son athlétique capacité, mais un changement était également survenu sur ses traits dont l'expression d'austère impassibilité n'avait été que la conséquence d'un malaise physique. Ce n'est pas une bagatelle que de porter, ceinturant les côtes et accroché aux épaules, un massif assortiment de monnaies étrangères valant quelque soixante mille ou soixante-dix mille francs, en liquide ; quant au papier-monnaie de la République, Peyrol en avait eu déjà une expérience suffisante pour en évaluer l'équivalent en tombereaux : de quoi en remplir mille, ou deux mille peut-être. Suffisamment, en tout cas, pour justifier le trait d'imagination qui lui était venu en contemplant le paysage à la lumière du couchant : avec ce qu'il avait sur lui, il pourrait acheter tout ce pays qui l'avait vu naître : maisons, bois, vignes, oliviers, jardins, rochers et salines... bref, tout le paysage, y compris les animaux. Mais Peyrol ne portait pas le moindre intérêt à la propriété foncière. Il n'avait aucune envie de posséder un lopin de cette terre ferme pour laquelle il n'avait jamais eu le moindre attachement. Tout ce qu'il voulait en obtenir, c'était un coin tranquille, un endroit écarté où, à l'insu de tous, il pût à loisir creuser un trou.

Il n'allait pas falloir tarder à le faire, pensa-t-il. On ne peut pas vivre i

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