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Les Linottes von Courteline, Georges (eBook)

  • Erscheinungsdatum: 29.06.2015
  • Verlag: Booklassic
eBook (ePUB)
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Les Linottes

Deux fois par semaine, fuyant l'ail qui parfume l'haleine avec une ténacité indiscrete, Robert Cozal remplace par du fromage blanc l'habituel saucisson de son casse-croute matinal. C'est une coquetterie qu'explique la venue, le lundi et le jeudi, de sa maîtresse la charmante Mme Marthe Hamiet. Quoi de plus pratique qu'un horaire régulier dans ses amours? Cela donne a Robert, nature légere et coeur d'amadou, toute latitude pour gouter d'autres charmes a d'autres heures. Mais une entorse a l'horaire fait que Marthe le surprend a lutiner la blanchisseuse Anita. Brouille, bouderie, silence. Sur quoi Robert, voulant se raccommoder, accepte de dîner avec le mari et se trouve séduit par cet imaginatif au point de lui confier l'opéra-bouffe qu'il compose. Et voila comment débute cette joyeuse histoire ou Courteline portraiture avec ironie les linottes perchées sur la Butte Montmartre au temps ou cette Butte était encore champetre.

Produktinformationen

    Format: ePUB
    Kopierschutz: none
    Seitenzahl: 93
    Erscheinungsdatum: 29.06.2015
    Sprache: Französisch
    ISBN: 9789635259649
    Verlag: Booklassic
    Größe: 493 kBytes
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Les Linottes

II

Depuis que la clémence céleste, sous la forme d'une rencontre chez une connaissance commune, l'avait jeté aux bras de Marthe Hamiet (ceci remontait à un mois), Robert Cozal vivait comme en un rêve. Parvenu jusqu'à vingt-cinq ans sans avoir eu d'autres amours que les maigres amours bohèmes à base de coups de caprice et de camaraderies complaisantes, il était de ces êtres tout jets auxquels rien ne saurait apparaître qu'avec le grossissement outré et fugitif d'une projection lumineuse.

La tombée, dans son existence, d'une maîtresse qui en était une réellement, ayant à ses yeux adultes le charme ineffable de l'aînesse et le prestige de la femme mariée, avait déterminé chez lui une floraison de sentimentalité spontanée dont rien, jusqu'alors, n'eût fait soupçonner le germe.

Elle !... Tout, pour lui, se résumait là, maintenant. Volontiers il eût déjeuné de ses sourires, dîné du parfum de ses gants, de ses cheveux ou de sa voilette. Il avait, à la contempler, des regards où riaient les puériles convoitises d'un bébé qui reçoit ses étrennes ; à l'effleurer, des mains craintives d'antiquaire pour le bibelot précieux et rare dont la perte serait un deuil irréparable. Et ses câlineries cent fois douces, ses grâces délicates et mignardes, qu'autorisaient son air d'extrême jeunesse et sa joliesse distinguée, ses façons de s'aller nicher entre les bras et de feindre des sommeils ravis parmi la nappe d'encre des cheveux répandus, faisaient de lui un amant exquis, flattaient en Marthe ce fond de tendresse maternelle qui complique et qui purifie l'ardeur passionnée des femmes déjà mûres.

Il la trompait d'ailleurs autant de fois que l'occasion s'en présentait, mais régulièrement le mardi, avec une apprentie blanchisseuse du quartier, apportant à l'accomplissement de ce devoir la ponctualité zélée d'un employé avide d'avoir de l'avancement. Il avait, en effet, cette petite faiblesse de ne pouvoir rencontrer un jupon sans éprouver, à l'instant même, l'envie de le soulever pour voir ce qu'il y avait dessous. C'était un être délicieux, qui tenait que les femmes sont des fleurs, et qui, s'il avait pour la rose une préférence non douteuse, ne méprisait pourtant ni l'humble violette, ni l'oeillet odoriférant, ni la pervenche comparable aux sombres yeux des petits chats, ni l'anthémis, qui porte collerette comme Catherine de Médicis. De même, il aimait fort le lys, à cause de sa forme élancée ; le coquelicot, à cause de sa forme épanouie ; le lilas mauve, à cause de sa couleur mauve, et le lilas blanc, à cause de sa couleur blanche. Sans doute, à la réflexion, il ne pensait pas qu'il fît bien de tromper ainsi son amie, mais non pas non plus qu'il fît mal, car le coeur n'y était pour rien, et il considérait la chose comme une façon de platonisme à rebours, qui laissait en paix ses scrupules. Point jaloux, il eût été pleinement heureux. Le malheur est qu'il l'était, justement, et au delà de toute expression, d'une jalousie de vieux tyran, qui lui portait le sang aux yeux pour une niaiserie. Il avait pour les autres l'intolérance hargneuse des gens qui ont la conscience large pour eux-mêmes, et si ses propres trahisons lui semblaient d'anodins flirtages, en revanche il traquait de criminels mystères en toute heure de la vie de Marthe, dont celle-ci n'eût pu établir l'emploi aussitôt que questionnée. Le spectre du mari - un mari de fantaisie, toujours par monts et par vaux, et que l'installation d'une entreprise gigantesque promenait depuis deux mois à travers la province - mettait une bande d'orage à l'horizon de son ciel.

Or, comme il poussait la barrière qui fermait son petit jardin, son étonnement fut extrême de voir Marthe qui l'attendait.

Marthe ?

On était mardi, pourtant.

Tout de suite il flaira une tuile. Marthe, de son côté, s'était levée, et ils marchèrent l'un à l'autre.

- Comment, c'est toi ?

Marthe

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